Missions Avions en République centrafricaine : notre appareil au service des humanitaires dans un pays frappé par la crise

Publié le 16/11/2017
Missions Avions
Missions Avions en République centrafricaine : notre appareil au service des humanitaires dans un pays frappé par la crise

Depuis 2015, l’un de nos avions opère en République centrafricaine sous mandat des Nations-Unies. L’appareil effectue des rotations depuis Bangui vers les terrains de brousse pour transporter les humanitaires auprès des populations démunies et acheminer l’aide d’urgence, comme par exemple des vaccins à Alindao pour MSF, ou des sacs de riz du Programme Alimentaire Mondial dans la région d’Obo.

 

 

Gérard, pilote pour Aviation Sans Frontières, revient sur l’une des missions qu’il a effectuées :

Antonio et moi devons partir pour un très long vol, de 8 heures en 5 étapes : Bangui – Obo – Zemio – Obo – Zemio – Bangui. Des humanitaires et du fret doivent être transférés d’Obo à Zemio, dans une région qui n’est pas du tout sûre par la route. C’est pourquoi l’avion est indispensable, permettant aux humanitaires d’accéder rapidement et en toute sécurité aux populations qui manquent de tout. Nous aurons aussi deux passagers à ramener de Zemio à Bangui, dans l’après-midi.

Le calcul du carburant doit être précis, car nous ne pourrons pas refueler à l’arrivée de la première étape à Obo, et la longueur de piste est limitative eu égard à la masse au décollage. Par conséquent, il nous faut viser « juste », en fonction du nombre de passagers et du fret que nous devons prendre sur la seconde étape.

Cette première étape est longue : plus de 3h30 de vol. Et elle est orientée plein est. Autant dire que ce n’est pas une très bonne nouvelle pour la consommation horaire : les vents soufflent généralement de l’est, et plus on monte plus ils soufflent. En revanche, le moteur consomme moins en altitude... C’est un choix cornélien. Nous avons étudié les prévisions de vent le matin, et il semble qu’au niveau 55 (5.500 pieds, soit 1.700 m) ils nous seront plutôt favorables !

Nous prévoyons de décoller à 6h locales.

6h + 8 heures de vol + 2 escales de 30 min + 2 escales de 45 min = 16h30 locales. Notre cible est toujours d’atterrir au plus tard à 17h locales, soit une heure avant la nuit. En effet, cela laisserait le temps de se dérouter sur un autre terrain en cas d’impossibilité d’atterrir au retour à Bangui, pour quelque cause que ce soit. Ici, à part Bangui (et avec un certain délai) les terrains ne sont pas balisés pour la nuit : l’atterrissage de nuit est prohibé !

Décollage à 5h58 exactement.

Lorsque nous arrivons à Obo, beaucoup de gens nous attendent : tous les passagers pour Zemio, sur le premier vol et sur le second vol. Ils ont tous leurs bagages, plus du fret à transférer.

Nous devons nous assurer que la charge totale n’est pas trop importante et devons donc peser les passagers ainsi que leur bagage.

Enfin prêts, nous pouvons embarquer fret et passagers. Direction Zemio (où nous ferons une escale rapide avant de rejoindre Obo).

Arrivée à Obo : pesée du deuxième groupe de passagers. Avec tous les bagages et tout le fret, nous serions en surcharge.

Nous discutons alors de la nécessité pour eux de choisir ce qui doit partir cette fois, et ce qui attendra une autre rotation. Il est question de quelques dizaines de kg de fret. Cela ne paraît pas grand-chose, mais pour une piste de 800 mètres, avec une petite colline en face, et alors que la température est maintenant voisine de 40°C… restons très professionnels et prudents !

Finalement, l’un d’eux se dévoue pour ne prendre qu’un minimum d’effets personnels. Le fret non urgent restera sur place.

Embarquement, mise en route, roulage, décollage : direction Zemio, que nous atteignons en moins de 40 minutes. Comme la fois précédente, tout se passe bien. Nous avitaillons un peu plus cette fois.

Deux passagers embarquent enfin pour Bangui, où nous atterrirons à 16h40.

 

La République Centrafricaine connaît actuellement une dégradation considérable de ses conditions sécuritaires.

La situation humanitaire dans le pays est aujourd’hui revenue au niveau de la crise en 2014. 

Chaque jour ou presque, des affrontements entre milices ou des massacres commis par des groupes armés sont signalés en Centrafrique. Première touchée, la population civile subit une double peine : une violence extrême qui augmente les besoins humanitaires, et la réduction de l’aide du fait de l’insécurité croissante.

Dernièrement, face à la détérioration rapide de la situation dans le pays, cinq ONG (ACF, Acted, Solidarités international, Médecins du monde et Première urgence) ont appelé « la communauté internationale à se mobiliser pour cette crise oubliée »

Le 24 octobre dernier,  António Guterres, le secrétaire général des Nations unies, s’est rendu dans le pays pour alerter sur «une crise dramatique mais une crise oubliée» - où seuls 30 % des fonds prévus pour répondre au désastre humanitaire ont été effectivement versés. 900 casques bleus supplémentaires vont par ailleurs rejoindre les troupes sur place.

 

Quelques données sur cette situation alarmante :

  • La RCA se classe à la dernière position (188e) du classement du PNUD pour l’indice de développement humain
  • Près de 50% de la population souffre de malnutrition chronique
  • le taux de mortalité maternelle est le 3e plus élevé du monde
  • Plus d’un million de Centrafricains (soit un habitant sur cinq) sont aujourd’hui déracinés, déplacés vers d’autres régions du pays ou réfugiés dans les pays voisins tels que la RDC ou le Cameroun
  • 2,2 millions de personnes ont besoin de soins de santé de base
  • Pour la troisième année consécutive, la RCA est classée comme le pays enregistrant le plus d’incidents à l’encontre des ONG, avec 232 incidents rapportés depuis le début de cette année.  

 

Rappel historique

  • 1958 : indépendance du pays déclarée le 1er décembre

  • 1965 : coup d’Etat de Jean-Bedel Bokassa qui prend le pouvoir et met en place une politique très répressive dans tout le pays

  • 1979 : Bokassa est renversé. David Dacko, premier président centrafricain reprend le pouvoir et sera à son tour chassé en 1981 par le général André Kolingba qui gouvernera pendant 12 ans

  • 1993 : Ange-Félix Patassé au pouvoir jusqu’en 2003

  • 2003 : après une tentative de coup d’Etat et de violents affrontements, le général Bozizé renverse le Président Patassé et chasse les rebelles congolais à l’origine d’oppositions meurtrières

  • 2004 / 2007 : les contestations au pouvoir de Bozizé sont très fortes et une première guerre civile ravage le pays. Un accord de paix signé en 2007 ramène le calme

  • 2012 : les rebelles dénonçant la non-tenue des accords, reprennent les combats fin 2012 et démarrent la deuxième guerre civile

  • 2013 : les rebelles de la coalition Seleka majoritairement musulmans, dont Michel Djotodia est le chef de file, s’emparent de Bangui. Bozizé prend la fuite. Djotodia s’auto-proclame alors Président de la République mais l’insécurité demeure dans le pays.  La Seleka continue les exactions et des milices d’auto-défense, les anti-balaka, majoritairement chrétiennes et animistes se forment.  Le 5 décembre 2013, une résolution de l'ONU permet à la France d'envoyer des troupes armées (opération Sangaris) afin de désamorcer le conflit et de protéger les civils

  • 2014 : Djotodia annonce sa démission, lors d’un sommet extraordinaire de la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (CEEAC). Catherine Samba-Panza est élue chef de l'État de transition de la République centrafricaine par le Conseil national de transition de la République centrafricaine. Le 23 juillet 2014, les belligérants signent un accord de cessation des hostilités à Brazzaville. Le pays reste toutefois divisé en régions contrôlées par des milices dont ni l’Etat, ni l’ONU n’ont le contrôle. Au printemps 2014, trois journalistes sont tués, dont la française Camille Lepage

  • 2016 : Faustin-Archange Touadéra devient président le 30 mars 2016

  • 2017 : en juin 2017, les affrontements à Bria, dans le centre-est du pays, font une centaine de morts

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