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Rencontre. Gerhard Schubert, bénévole au sein de la Mission Accompagnements d’Enfants Malades

Publié le 07/09/2016
Accompagnement d'Enfants Malades, Portraits
Rencontre. Gerhard Schubert, bénévole au sein de la Mission Accompagnements d’Enfants Malades

Deux feuilles blanches que le temps a commencé à jaunir. Deux pages à carreaux sur lesquelles il est inscrit la date, le trajet effectué, le prénom et l’âge de l’enfant convoyé. A peine posé, l’âme sans doute encore un peu dans la troposphère, assis dans un café du terminal 2F de l’aéroport de Paris - Roissy Charles de Gaulle, Gerhard Schubert, bénévole au sein de l’équipe de la Mission Accompagnements d’Enfants Malades, sort délicatement de son porte-documents les deux feuilles qu’il a pris soin de remplir. Y figure bien sûr son premier convoyage, noté à la date du 28 mai 2008. Ainsi que son centième trajet, qu’il vient tout juste d’effectuer le 3 août dernier. L’occasion était pour nous évidente de revenir sur son engagement en faveur d’Aviation Sans Frontières. Entre un aller-retour Genève-Paris, rencontre avec ce Suisse au délicieux accent germanique.

 

Gerhard nous montre la liste des accompagnements qu'il a effectué

 

« Je suis né en 1942 à Troppau {renommée Opava, NDLR}, en République tchèque, qui s’appelait à l’époque la Tchécoslovaquie et qui était sous l’occupation de l’Allemagne. Face à l’arrivée des troupes soviétiques, nous avons été contraints de quitter le pays et de rejoindre l’Allemagne où j’ai passé ma jeunesse près de Stuttgart. Je suis donc un enfant de la guerre et les premières années de ma vie ont été très dures, même si je ne me souviens que de peu de détails.

Avoir faim, ça je m’en rappelle. Tout comme, je me souviens très bien que, tous les samedis, les cloches du village, dans lequel nous étions installés, sonnaient pour célébrer le retour d’un soldat. Nous, nous espérions à chaque fois que ce fut le tour de mon père. Mais non.

Mon père est mort au combat en Russie, mais je ne sais pas, ni où, ni comment. Malgré tout ça, malgré le peu que nous avions, j’ai eu une belle jeunesse. Avec ma mère et mon frère, nous vivions dans un petit appartement. Nous vivions de peu, mais nous étions biens. J’avais une bonne bande de copains. Pour jouer, je n’avais qu’un seul et unique cheval de bois à quatre roues que j’ai promené pendant longtemps. Je l’ai d’ailleurs toujours. Alors, quand je vois tout ce que les enfants ont aujourd’hui (les consoles, les jouets…), je me dis qu’ils sont très gâtés. Ils sont mécontents et ils ont tout.

Adulte, je suis parti vivre en Suisse, à Genève, avec celle qui est aujourd’hui ma femme. Je trouve que j’ai eu une vie pas mal du tout. J’ai notamment travaillé dans l’optique et je gagnais bien ma vie. Alors quand tu as eu une belle vie, tu peux donner à ceux qui ont une vie difficile. A la retraite, j’ai tout de suite décidé de m’engager pour Aviation Sans Frontières. Comme j’adore les enfants, j’ai donc rejoint la Mission Accompagnements d’Enfants Malades. [Gerhard bénéficie des billets GP, indispensables pour les accompagnements d'enfants, au titre d'ayant-droit, NDLR] Et puis, à l’époque, il y avait une part d’aventure.

D’ailleurs, la mission qui m’a le plus marquée fut la première. C’était donc en mai 2008. Je suis parti pour Conakry avec un jeune garçon de 16 ans qui s’appelait Sekou. Il avait été soigné en Suisse après avoir avalé de l’acide. Le voyage s’annonçait délicat. Et pourtant, lorsque nous nous sommes vus, nous nous sommes tout de suite compris. Le vol s’est bien passé. Mais lorsque l’avion a commencé son approche sur Conakry, le pilote nous a annoncé que nous ne pouvions pas nous poser sur l’aéroport. La guerre venait d’éclater. Nous avons alors été déroutés vers Dakar où nous sommes arrivés au milieu de la nuit. Après quelques coups de téléphones et une nuit dans un hôtel de luxe de la capitale, quelqu’un de Terre des Hommes Sénégal est venu le chercher à l’aéroport pour le prendre en charge. Un moment très difficile. Il ne voulait pas me quitter et s’accrochait à ma jambe. C’était très éprouvant. J’ai même pleuré avant de reprendre des forces et d’avoir le courage de lui dire qu’il devait partir. Il est donc parti et j’ai continué à assurer des missions. Et voilà que je viens de réaliser le 3 août mon centième convoyage ».

 

Nous tenons à remercier chaleureusement nos bénévoles accompagnateurs Suisses pour leur mobilisation sans faille et leur disponibilité !

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