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Retour sur notre mission en République démocratique du Congo

Publié le 14/12/2018
Missions Avions
Retour sur notre mission en République démocratique du Congo

La République démocratique du Congo, l’un des pays les plus pauvres au monde, connaît une crise endémique depuis les années 90. Retour sur son histoire

Second plus grand pays du continent africain et premier d’Afrique francophone, la République démocratique du Congo, parfois appelé Congo Kinshasa pour le différencier de son voisin, la République du Congo (ou Congo Brazzaville), possède d’énormes ressources naturelles. Le pays compte 78,7 millions d’habitants, dont 40 % vivent en milieu urbain. Avec ses 80 millions d’hectares de terres arables et ses 1 100 minéraux et métaux précieux répertoriés, la RDC pourrait devenir l’un des moteurs économiques de l’Afrique si elle parvenait à trouver une stabilité politique.

En effet, le pays n’arrive pas à se remettre d’une série de conflits qui ont fait rage dans les années 90 et qui ont plongé le pays dans une profonde crise économique et sociale. Par ailleurs, les élections présidentielles qui devaient se tenir en novembre 2016, ont été reportées afin de procéder à la révision du fichier électoral. Aussi, le Président Joseph Kabila, à la tête du pays depuis 2001 et qui ne peut se présenter pour un troisième mandat, reste en place et assure une période de transition sans cesse allongée. Cette situation engendre une grave crise politique, provoquant des manifestations meurtrières qui déstabilisent un peu plus la RDC.

Les années 2000 s’étaient pourtant accompagnées d’un redémarrage de l’économie congolaise. Cette reprise tenait à l’amélioration des conditions de sécurité dans le pays, mais surtout à un appui massif des bailleurs de fonds. Les indicateurs macro-économiques se sont toutefois détériorés en 2009, en raison de l’impact de la crise financière internationale sur le prix des matières premières, qui a touché de plein fouet l’industrie minière (cuivre, cobalt, zinc, diamants), un des principaux vecteurs de croissance de la RDC. Le taux de croissance est passé de 9,5 % en 2014 à 2,4% en 2016, et 2,8 % pour 2017 selon une projection du Fonds Monétaire International (FMI).

La situation en RDC est l’une des crises les plus complexes au monde et s’est détériorée en raison de l’escalade de plusieurs conflits locaux. Malgré une baisse du taux de pauvreté de 71 à 64 % entre 2005 et 2012, la RDC compte encore parmi les pays les plus pauvres du monde et se situe au 176e rang (sur 187 pays) dans le dernier indice de développement humain calculé par l’ONU (2015). Cette crise provoque d’importants mouvements de population. Qu’il s’agisse des congolais fuyant à l’extérieur du pays (réfugiés) ou au sein même du territoire (déplacés), il faut y ajouter les réfugiés d’autres pays d’Afrique qui tentent de trouver refuge en RDC.

Selon les estimations de l’ONU de janvier 2018 :

  • Le pays compte 4,5 millions de déplacés
  • 811 300 congolais réfugiés dans d’autres pays africains
  • 540 000 réfugiés étrangers (ougandais, soudanais, burundais pour la plupart) sur le territoire

Ceci place la RDC parmi les plus importantes crises de déplacement au monde.

 

La situation à Dungu dans la province du Haut-Uele et le rôle d’Aviation Sans Frontières 

Le Haut-Uélé est devenu une Province de la République démocratique du Congo (RDC) à la suite de l’éclatement de l’ancienne Province Orientale en 2015. Elle se situe au Nord-Est du pays sur la rivière Uélé et compte une population de près de 2 millions habitants.

Si la situation sécuritaire est relativement calme, on note cependant la présence des éleveurs nomades « Mbororo » armés en provenance de République centrafricaine et du Tchad, l’activisme des combattants du mouvement rebelle Ougandais, Lord Resistance Army, dans les territoires de Dungu et Doruma ainsi que les braconniers assimilés aux groupes Mai-Mai dans le territoire de Wamba. Cette présence entraîne des mouvements de population dans la zone. Par ailleurs, l’enclavement dû au délabrement avancé du réseau routier contribue à accentuer les vulnérabilités socio-économiques de la population de cette Province. Selon le dernier rapport du HCR, la Province accueille depuis octobre 2015, environ 12.000 réfugiés en provenance du Soudan du Sud. L’UNICEF dénombre que 40,7 % des enfants de moins 5 ans souffrent de malnutrition chronique, 46,15 % des enfants de 6-11 ans n’ont pas accès à l’école primaire et 30 % n’ont pas accès à l’eau potable en milieu rural.

Le Cessna Grand Caravan F-OJJD, basé à Dungu depuis 2016, est au service des ONG locales et internationales qui agissent sur place pour venir en aide aux populations les plus démunies. Ces opérations, mandatées par le Programme Alimentaire Mondial, ont été reconduites pour une période minimale de deux ans, preuve de la nécessité de notre avion pour les humanitaires et les populations, et du professionnalisme de nos équipes qui placent au cœur de leur travail rigueur et sureté des vols.

 

Qu’est-ce que la MONUSCO ?

La MONUSCO ou Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation en République démocratique du Congo est une opération de maintien de la paix. Son mandat concerne, entre autres, la protection des civils, du personnel humanitaire et des défenseurs des droits de l’homme immédiatement menacés de violence physique, ainsi que le soutien du Gouvernement de la République démocratique du Congo dans ses efforts de stabilisation et de consolidation de la paix.

L’effectif de cette mission est de 19 815 soldats, 760 observateurs militaires, 391 fonctionnaires de police et 1 050 membres d’unités de police constituées.

 

 

En direct de Dungu, le témoignage de Maxime, l’un des pilotes d’Aviation Sans Frontières :

Pouvez-vous nous expliquer un peu mieux le rôle d’Aviation Sans Frontières dans cette région et la nécessite de disposer d’un avion ?

Notre avion est basé à Dungu, au Nord-Est de la République démocratique Du Congo, dans la province du Haut-Uele, à proximété des frontières avec le Soudan du Sud, la République centrafricaine, et l’Ouganda. La situation humanitaire dans cette vaste zone reste préoccupante et complexe. De nombreuses personnes ayant fui leur foyer ces dernières années font encore face à un quotidien plus que précaire tandis que des éruptions sporadiques de violence continue de détruire des vies et des moyens de subsistance. Les violations des droits de l’homme sont régulières, incluant notamment des exécutions, des violences sexuelles et des détentions arbitraires. Les besoins humanitaires sont énormes, en particulier pour les personnes les plus vulnérables, et les défis en termes d’acheminement de l’aide vers les personnes dans le besoin continuent d’être importants. Dans ce contexte, notre avion est l’un des derniers maillons de la chaîne logistique humanitaire et l’unique moyen d’action permettant d’acheminer rapidement, au plus près des réfugiés ou déplacés le personnel et l’aide humanitaire avec des standards de sécurités élevés.

Comment appréhendez-vous ces opérations aériennes ? Quelles sont les qualités que ce type de mission requiert, outre celles plus classiques indispensables à un commandant de bord ?

Nos opérations aériennes sont toujours délicates à appréhender. Elles requièrent une bonne connaissance du terrain et le respect des principes humanitaires (humanité, neutralité, impartialité et indépendance). La polyvalence, l’ouverture d’esprit et l’endurance des équipages sont également indispensables au bon déroulement d’une mission.

 

 

Sources : Agence Française de Développement, Ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, Banque Mondiale, Haut-Commissariat aux Réfugiés, UNICEF

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