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Témoignage : Jean-Claude revient sur une mission d’accompagnements de réfugiés entre la Tanzanie et les États-Unis

Publié le 01/08/2016
Accompagnement de Réfugiés
Témoignage : Jean-Claude revient sur une mission d’accompagnements de réfugiés entre la Tanzanie et les États-Unis

Tout au long du mois de juillet, six groupes de réfugiés, majoritairement originaires de République démocratique du Congo (RDC), soit au total 202 personnes, ont été accompagnés par Aviation Sans Frontières à la demande de l’Organisation Internationale pour les Migrations (IOM), depuis Dar es Salaam (Tanzanie) vers les Etats-Unis, leur nouveau pays d’accueil. Jean-Claude, l'un des premiers bénévoles à faire le voyage, revient cette mission.

 

« Habitué aux sollicitations avec peu de préavis pour des convoyages d’enfants malades, c’est par un email de Jean-Claude Gérin, Responsable de la mission Accompagnements de Réfugiés, que j’ai été contacté pour réaliser cette mission une quinzaine de jours avant la date de départ programmée le 10 juillet. Peu surpris de cette demande car j’avais fait part de ma disponibilité durant cette période.

Ma première préoccupation a été, comme d’habitude, de me concentrer sur la logistique, à savoir les billets d’avion et les visas pour être « à l’heure » au rendez-vous à Dar es Salam (Tanzanie). En cette période de fort trafic, il n’est pas simple de trouver des vols garantissant le voyage avec des billets stand-by et pas question de faire no-show. Après avoir planifié un voyage au plus court entre Roissy et Dar es Salaam, via Nairobi (Kenya), et consulté quelques amis qui ont accès au remplissage des vols Kenya Airways, c’est la veille qu’avec Jean-Claude, nous avons décidé de la mise en application du plan B avec un parcours au départ de Roissy et à destination de Dar Es Salaam mais avec escales à Istanbul (Turquie) et Nairobi. C’est bien sûr plus long mais moins risqué.

Dar es Salaam au décollage

Dar es Salaam au décollage

 

La particularité de ce voyage était que contrairement à mes trois missions précédentes au départ de Nairobi avec transit à Dubaï (Émirats Arabes Unis) ou Doha (Qatar), il n’y avait cette fois pas d’assistance de l’Organisation internationale pour les migrations (IOM) prévue à l’escale d’Addis Abeba (Éthiopie). En plus de l’assistance habituelle avant et pendant les vols, j’allais donc avoir à gérer seul les trente personnes à l’arrivée du vol de Dar es Salaam, durant le temps de transit de trois heures et l’embarquement sur le vol vers Washington, avec le risque que l’un d’entre eux s’égare dans un environnement qu’il ne connait pas ou se voit refuser le départ vers les États-Unis (No Fly List).

L’acheminement vers Dar es Salaam s’étant effectué sans difficultés avec une nuit de récupération, c’est donc assez serein que je suis arrivé à l’aéroport le jour dit à l’heure dite pour prendre en charge mon groupe.

Je ne connaissais rien ou presque de ces personnes, tout juste les informations portées sur la liste des passagers qui s'appelle ABN pour Advanced Booking Notification. Il s’agissait en fait des noms, prénoms, sexes, âges, liens de parenté, nationalités, et camps de provenance. 

la famille attend dans l'aéroport

J’ai pris l’habitude de les repérer, grâce à leur pochette IOM, et dans l’attente de l’arrivée du personnel IOM local, je me suis présenté aux familles pour leur expliquer la raison de ma présence et les rassurer. Premiers instants d’émotion à la vue de leur visage qui se détend !  Mais là, c’est moi qui me crispais car je trouvais plus de trente personnes qui toutes partaient pour les États-Unis. Et là-dessus, pas de doutes, ils partaient tous là-bas avec pour la plupart leurs bonnets aux couleurs de la bannière étoilée ! 

C’est à l’arrivée du personnel IOM que j’ai compris qu’il y avait en fait deux groupes ; un voyageant seul avec transit à Doha et le mien qui était réduit à vingt-trois personnes (huit adultes et quinze enfants) puisqu’une famille n’avait pas obtenu son « bon de sortie ».

Les choses étaient donc claires. Mais c’était sans compter sur une panne informatique qui allait perturber le processus d’enregistrement dans un hall d’aérogare noir de monde avec deux groupes IOM partant sur des vols différents et dans le même créneau horaire.

Fort de mon expérience passée, j’avais préparé des badges individuels pour les membres de mon groupe. C’est avec empressement que j’ai « badgé » mes protégés pour les repérer facilement dans cette foule. Cette action a eu un effet apaisant immédiat aussi bien pour eux que pour moi.

portrait d'un des enfants accompagnés

Malgré la panne informatique, j’avais pu négocier un « regroupement familial » à bord. Les familles et moi étions installés sur des sièges contigus, ce qui a fini de dissiper les éventuelles angoisses de ces personnes qui voyageaient en avion pour la première fois.

Contrairement aux missions précédentes, le contact avec les personnes a été difficile, je les ai sentis crispés et peu avaient envie d’engager la conversation. Ce qui les préoccupait c’était le moment présent : quand partons-nous ? Combien de temps durera le vol ? Quand allons-nous manger ? Qui va nous attendre aux Etats-Unis ? Où sont nos bagages ?...

Ma mission étant de les aider et de les rassurer sur ce qu’ils vivaient à l‘instant présent, même si ce manque d’échange a été frustrant, je me suis abstenu de leur parler de leur vie passée et future pour ne pas raviver de mauvais souvenirs ou générer de l’angoisse sur leur devenir.

L’arrivée au point d’entrée, que l’on appelle un POE pour Point Of Entry, est toujours un moment de soulagement et d’intense émotion, partagés que nous sommes par la satisfaction d’avoir accompli notre modeste mission et par ces adieux à des personnes dont nous admirons le courage d’avoir entrepris cette démarche pour redémarrer une nouvelle vie dans un monde inconnu, tristes de savoir qu’à de rares exceptions nous n’aurons plus de nouvelles de ce qu’ils deviennent mais aussi en se disant « A quand la prochaine mission » pour revivre des moments exceptionnels comme ceux-ci. »

 

 

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